dimanche 4 octobre 2015

Romain Juan _ PIU PIU

Une exposition de Romain Juan
26.02.15 - 26.03.15
Texte de Rémi Lambert







Partant notamment d’une observation des United States of A. comme laboratoire, et de la nécessité pour une société de se représenter son absurdité, ses zones d’ombres et ses travers comme pour les exorciser, pour crever l’abcès, Romain Juan se place volontiers en bouffon, et va chercher chez les comédiens de stand-up et autres grinçantes figures de perdants, cette saine catharsis par le vulgaire et l’abject. Comme si la version mutante de Joseph Beuys, sortie pour un charivari, étalait ses excréments sur la maison des mariés en agitant une crécelle d’enfer. Ses dessins sous paint sont autant de façons de faire jouer la figure de l’idiot, celle de l’artiste brut ou de l’enfant, avec le premier degré absolu qui ne peut être qu’ironique du graffiti de chiottes. Le dessin pauvre et punk sous paint a été une des formes privilégiée circulant dans certaines communautés internet underground, version virtuelle plus fine que l’air de l’ephemera qu’on se passe de main en main, entre flyer de concert et samizdat. Au delà de cette pratique qu’on imagine facilement compulsive de dessins qui se perdent sur le net, Romain Juan sculpte ou installe principalement, des structures de bois, de tissu et autres matériaux récupérés. Ces structures peuvent évoquer un genre de minimalisme détourné, podiums à la gloire de personne ? ou meubles bricolés d’un junk joint, elles peuvent se perdre au sol dans des compostions foutraques étonnement plus oniriques ou prendre l’allure de demi-humains, personnifiées par un blue jean, un bout de vêtement ou un début d’attitude. Le même traitement est accordé à ce qui de toute évidence est un espace, un objet, un outil ou un protagoniste, une figure. Tout cela appelle tant à la légèreté et à l’immédiateté du travail de Fischli et Weiss, à cette finesse et cet humour dans les narrations crées par assemblage comme à la méchanceté incompréhensible et vertigineuse des installations de Kippenberger. 

Habitant peut être handicapé de cet univers, la poupée de chiffon venue des montagnes et arrêtée à la station service à leur pieds a le cri distordu par les ondes radio country du yodel américain. Conçue comme un homoncule chantant, sa forme vaguement humanoïde rappelant les racines de mandragore, elle pourrait être le fruit de quelque expérimentation redneck, chargée de puissances subversives occultes, catalysant l’énergie folk qui suinte à travers les couches de cultures américaine. Le système son sera planqué à l’intérieur. 

Rémi Lambert 



Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire