dimanche 4 octobre 2015

Rémi Lambert _ Giuliano’s Fish & Chips

Une exposition de Rémi Lambert
29.01.15 - 26.02.15
Texte de Coraline Guilbeau




Nous errions sous une pluie glacée. L’air était frais. Les vapeurs qui s’échappaient du sol terreux commençaient à couvrir nos membres. Une lueur, à demi-éteinte, nappait cet atmosphère brumeux. Les gouttes de sueur roulaient sur notre pelage, l’odeur était insoutenable; une fièvre nous saisit. Nos quatre pattes ne répondaient plus mais s’agitaient de manière convulsive, sous l’effet de spasmes incontrôlés. Nos membres semblaient s’écarter, nos muscles perdaient de leur teneur, notre chair vibrait d’un surplus d’appréhension. Nous sentions nos canines noyées dans une bave abondante, disproportionnée, inanimée. La gueule inarticulée, nous frémissions de la situation dans laquelle nous glissions. Nous tremblions à l’excès. Nos traits semblaient évoluer. Comment décrire notre inquiétude en présence d’une pareille épreuve? 

Coraline Guilbeau, Fish, Chips & Giuliano, Fabian Press Edition, 2015, p.7 



Rémi Lambert conduit une réflexion rigoureuse sur la convocation, la confrontation et la cohabitation dans une même réalité de différentes figures, au travers d’une peinture qui nous happe, tonique et généreuse. 

Un univers qui bien souvent semble nous dépasser, mais dans lequel il est encore possible, selon lui, de se projeter. Il puise son inspiration dans des domaines narratifs et formels aussi larges que le cartoon, le jeu vidéo, le comic, l’imagerie punk et black métal, les figures mythologiques tout autant que dans des éléments de la culture vernaculaire allemande-suisse ou dîte populaire, et propose un métissage de ces univers disparates pour croire à la combinaison de l’ensemble. 

À l’origine d’une production prolifique, Lambert dépose son geste avec une certaine immédiateté et fait fonctionner ses idées bien souvent par séries de «scènes» qui s’articulent et se répondent les unes aux autres. En parallèle de son œuvre picturale, il accumule un travail de dessins minutieux qu’il considère et nomme lui-même comme un «vivier d’images et de formes», qui peuvent ressortir et se développer par la suite dans ses peintures. À leur lecture, on comprends dès lors un peu mieux sa fascination exercée à l’encontre d’une «étrangeté bizarre, voire repoussante», pour reprendre ses propres termes. Lambert n’hésite pas à réintervenir sur ses toiles pour rectifier ou rajouter des éléments si le besoin se manifeste. Des toiles en perpétuelles mutations donc, à l’image des personnages hybrides qui apparaissent, eux-même presque en mutation. Les corps manifestes ne sont par ailleurs, pas soumis aux conditions formelles de leur représentation. La matière même les composant se révèle être malléable, tour à tour tentaculaire ou informe. Les personnages représentés dans ses toiles sembleraient, de manière très sensible, prendre conscience de leurs faiblesses et tenter de se révéler au travers d’elles. 
 
S’agissant de cet accrochage en particulier, Fabian a choisit de sélectionner dans l’univers fourmillant de Lambert, une seule toile, non pas représentative à elle-seule de l’ensemble du corpus déployé, mais symptomatique d’un épisode appartenant à une expérience plus vaste. Dans cette toile, vignette anecdotique à l’échelle d’un feuilleton que chacun pourra personnellement se constituer, l’accent est porté sur un seul character, et sur le regard, particulièrement appuyé qu’il exerce, sur nous. Dans l’affaire qui nous pré-occupe, on semble être arrivé à un moment crucial d’une histoire qui a déjà commencé sans nous. Sans doute au moment charnière, là où le drame semble être sur le point de se jouer. Juste avant que la dégénérescence apocalyptique ne se soit platement écrasée. 

La clef de résolution de l’énigme n’est pas encore présente, mais cela ne saurait tarder.
Quoique. En a-t’on réellement besoin ? 


Coraline Guilbeau

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