dimanche 4 octobre 2015

CTRLZ STUDIO _ SEMNOZ

Une exposition de CTRLZ STUDIO
Une pièce de Ludovic Beillard, membre de CTRLZ STUDIO
30.04.15 - 26.05.15
Texte de Mathias Pfund


















Salon Plein Air
En amont de l’exposition, l’expédition. 

Neuf explorateurs, un périple qui part du niveau de la mer et qui s’achève au sommet de la montagne. Le matériel d’expédition est assez rudimentaire, chacun s’étant équipé en fonction de ses propres ressources. Le seul élément commun à tous les membres est une paire de lunettes rondes aux verres bleus, outil indispensable pour expérimenter collectivement le Sublime façon YKB. L’ascension est lente et le transport d’une embarcation pneumatique accroît l’effort. La scène est solennelle, rappelant à la fois une procession funèbre et la fièvre tropicale de Fitzcarraldo. Peu à peu le paysage change, les chênes font place aux pins sylvestre puis aux rhododendrons. La terre devient plus rocailleuse, la végétation se mue en mousses et lichens. Et puis la neige éternelle, promesse du sommet. Le mouvement vertical prend alors fin. L’intérieur du canot révèle sa marchandise : une structure complexe en bois grossièrement peinte qui semble être une voile de fortune. Une fois mise en terre, des éléments mobiles y sont ajoutés. La grammaire visuelle est assez hétéroclite, à l’image de l’équipement des membres de l’expédition. Chacun d’entre eux vient se positionner autour de la sculpture achevée et une boisson contenue dans une flasque en verre passe de main en main. On pense alors à un monument, peut-être en la mémoire de tous les pionniers qui ont cherché à atteindre le sommet. Aux morts gelés sur le mont Everest, à René Daumal qui n’a pas eu le temps de terminer Le Mont Analogue, ainsi qu’aux reliques - symboliques ou involontaires - laissées derrière ceux qui ont réussi, du Fallen Astronaut aux socles des modules lunaires Apollo sur le sol Sélène. L’expédition se termine sur la structure qui semble agiter sa voile en signe d’adieu alors qu’au loin le bateau se transforme en luge et permet aux aventuriers de regagner la mer. 

In Rock.
De cette aventure sera conçue une sculpture - qui fonctionne comme une espèce d’allégorie - incrustant les têtes des membres de l’expédition dans une montagne, à la manière du Mont Rushmore, en impression 3D. En effet, cette dernière offre une actualisation des problématiques du Facteur Cheval et se trouve au cœur d’une nouvelle économie de gestion et de diffusion des formes. La proposition révèle également la métaphore d’un collectif artistique qui se pense et s’organise sur le modèle de l’expédition. D’un salon bruxellois au toit du monde l’exposition est finalement assez clivante : elle invite d’un côté à la rêverie, entre considérations romantiques sur les mythes qui entourent les grandes expéditions (je pense notamment à l’expédition polaire de S.A. Andrée) sur fond de fiction exaltée et d’un autre, le titre de l’exposition situe complètement l’expédition : la mer, le niveau 0, devient le lac d’Annecy (+447 m), la montagne, idée d’un absolu, se trouve être le Semnoz (montagne de moyenne altitude)... Finalement la flasque en verre pourrait très bien être une carafe d’huile d’olive et on pourrait même se demander si le sommet a réellement été atteint... Mais ces ambiguïtés sont plutôt bon signe pour un collectif qui s’appelle CTRLZ. 

Mathias Pfund




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